Films

We are all tied to our destiny and there is no way we can liberate ourselves

Whatever you write about me, don't make it sad

-Rita Hayworth-

L'ombre du passé
D'après l'ouvrage de Christian Dureau "Rita Hayworth"




"Je ne suis ni seule, ni malheureuse. J'ai moins encore besoin de pitié"

A travers cette déclaration, on ressent un aveu pathétique. Si Rita Hayworth éprouvait le besoin de dire qu'elle n'était pas seule, qu'elle n'était point malheureuse, n'était-ce point parce qu'elle se sentait délaissée de tous ? A partir de 1973, elle commence une existence retirée dans une maison de Raspail Canyon, au nord de Hollywood. 

Une maison isolée que seuls les promeneurs égarés peuvent découvrir. Harry Kolber la décrit ainsi dans Ciné Revue "La maison de Rita Hayworth qu'elle était comme sa beauté en voie de disparition : toujours à l'abri d'un regard scrutateur. C'est sans doute la raison pour laquelle Rita Hayworth n'invita jamais plus chez elle et avait mis une sorte de véto à l'entrée des journalistes ou photographes, cela depuis des années…Se rendre à la maison de Rita est relativement difficile, même si le Raspail Canyon est situé sur une route au nord d'Hollywood près de la colline et de Huntington Park, où les voitures circulent, ainsi que la ligne d'autobus qui mène à Culver City. La difficulté c'est que la maison n'est pas visible de la route. Une rangée d'arbres la cache. Il faut emprunter un chemin qui serpente ou vraisemblablement il y eut des arbres auparavant et s'arrêter devant un réverbère où l'ampoule manque. A côté de ce réverbère, partiellement masqué par un gros buisson, une porte de métal rouge sur laquelle est accroché une petite plaque "Cansino". A côté de la plaque une sonnette et un interphone…Le jardin est désordonné et mal entretenu. Des buissons et des fleurs font un bouquet de couleurs rouges et vertes. Vos pas crissent sur le gravier du sentier quand "la voix" de l'interphone vous lance "Entrez, tout droit !" au point de croire à un enregistrement mystérieux. Quand la maison est devant moi, comme une étrange apparition, une seule phrase me vient à l'esprit" Comme une femme à la beauté fanée…" C'est exactement cela : cette maison a dû connaitre des jours meilleurs. Cet escalier, qui aujourd'hui semble prétentieux, a dû, un jour, en imposer par sa structure. Son style a dû représenter toute une époque." 

Près de là, Glenn Ford a lui aussi sa propriété. Il est l'un des amis fidèles qui continue de téléphoner régulièrement à Miss Hayworth, il lui rend visite en ce milieu des années 70, prend soin d'elle. Rebecca et Yasmina viennent régulièrement voir leur mère mais celle-ci se transforme mois après mois…En 1977, Rita Hayworth est conduite à l'Hôpital Saint-John pour y subir une longue et sévère cure de désintoxication basée sur une thérapie de rejet. Pendant près d'un an, plus personne n'entendra plus parler d'elle, elle est totalement isolée, éloignée du monde extérieur. Elle était une très grande star, trop grande peut-être pour supporter le poids de tout ce que la célébrité peut apporter. Il faut être solide pour tenir le coup et Rita, comme beaucoup d'autres vedettes à craqué à l'approche de la soixantaine. Elle était une légende vivante et devait nourrir cette légende. Elle vivait dans le passé, son passé. Harry Kolber poursuit : "Son salon est un énorme et impressionnant musée. Le sourire de Robert Taylor, le regard de velours de Glenn Ford jeune, les joues creuses de Frank Sinatra : ce sont des impressions captées d'un regard circulaire. Et c'est suffisant pour s'imprégner de l'atmosphère qui règne" .Rita vivait dans la nostalgie du passé...Les mois continuaient de passer, puis les années… En 1979, c'est un nouvel internement pour Rita. 

Van Cottom publie un article très dur sur la déchéance des stars en générale et écrit à propos de Rita Hayworth (Précisons que personne ne savait à ce moment là que Rita était atteinte de la maladie d'Alzheimer, son passé n'avait pas non plus été révélé, peut-être ce cher monsieur aurait alors revu son article, totalement hors propos et déplacé): "… Il en est ainsi pour la plupart des artistes féminines, fragiles et vulnérables. Rita Hayworth qui fit rêver les hommes, cette flamboyante fille aux cheveux couleur de feu de la Columbia, étoile reine de l'après-guerre, incarnait le sex-appeal et régnait en idole incontestée ! Oubliée, recluse dans une solitude forcée, tourmentée par une grave intoxication alcoolique, sa déchéance est annoncée à grand fracas et c'est le dernier scandale en date. On a parlé d'internement psychiatrique, c'est en tout cas l'escalade terrible des informations, le cercle vicieux des confidences et l'on se prend à mieux comprendre Jean Cocteau "Il faut plus de courage pour vivre parfois, que pour mourir". Celle qui fut Gilda est quoiqu'il en soit dans une dramatique situation et le fait qu'elle soit de ces stars inoubliables porte précisément un mauvais coup à la réputation de Hollywood. Car tolérer abriter en son sein une telle décrépitude est un fâcheux signe de décadence dont souhaite se passer la capitale du cinéma. Et c'est un acte d'indifférence sociale…Mais voyons ce que le sauvetage manqué de la rousse la plus populaire du cinéma a de véritablement tragique : L'impuissance de quiconque à aider quelqu'un qui veut à tout prix se laisser couler. La vamp qui éclatait de santé et de beauté n'est plus qu'une femme perdue qui a précipité à sa ruine en cherchant un impossible refuge dans l'alcool. Ses amis ne peuvent plus rien pour elle, car elle se dérobe et fuit les perches tendues. Lorsque Glenn Ford lui téléphone, elle raccroche. Elle sombre dans l'incohérence" 

Bill Gilpin, ami de Rita dira "C'est tragique de voir cette merveilleuse femme qui donna tant de joie à tous, devenir si désespérée, découragée et en pleine confusion mentale. Elle qui fut adorée de million de fans, elle est désormais la plus seule et la plus tourmentée du monde. Son angoisse se lit sur son visage. J'aurais tant voulu la sauver, c'était presque en bonne voie, mais le mal était déjà fait et les dommages causés, trop profonds. Rita perd la mémoire pour des faits récents, mais se souvient de faits très anciens. Son cerveau est très atteint… Tout l'amour du monde, je le crains, ne peut plus sauver Rita. Mais je garde espoir malgré tout, il faut qu'un jour Rita vienne à bout de cette tragédie". Et Rita a tenu. Trois plus tard cependant, une nouvelle chute a alarmé ses proches. L'état de santé de la star s'était de nouveau aggravé…Elle vivait désormais dans un appartement New Yorkais où Yasmina l'avait installée. Le 17 Octobre 1982 les médecins parlent de "la mort lente", la maladie d'Alzheimer qui s'attaque aux cellules nerveuses du cerveau, détruisant progressivement les capacités intellectuelles du malade. Une maladie lente, mais pénible parce que la science n'en connait pas la cause, ni les raisons pour la combattre. Le patient perd ses capacités mentales, mais résiste sur le plan physique. C'est la raison pour laquelle les médecins n'ont pas jugé utile d'hospitaliser Rita Hayworth encore une fois. 

Glenn Ford et Robert Mitchum, ses fidèles amis continuent à prendre régulièrement de ses nouvelles. Yasmina est toujours auprès de sa mère, tente continuellement de calmer ses angoisses, de la rassurer, elle seule possède encore ce pouvoir. Un jour Glenn Ford et Robert Mitchum veulent organiser pour elle une soirée pour lui rendre hommage. Yasmina en avait parlé à sa mère, mais dès le lendemain, elle appela Glenn en larmes "maman ne comprend pas pourquoi tu veux faire cela... Je crois même qu'elle ne sait plus qui tu es..." Le lendemain du scandale de l'aéroport de Heathrow, Rita avait confié à Glenn Ford "je sais que j'ai vieilli, mais j'ai trouvé une parade aux ans: le whisky, grâce à lui, je retrouve les applaudissements des soirées du passé je revois les sourires des spectateurs, les flashes des photographes et les hommes qui m'ont serrée dans leurs bras"

L'alcool n'est ps le véritable responsable des hallucinations, des troubles de Rita, la maladie s'était installée depuis longtemps, les premiers symptômes se manifestèrent à ses 45 ans. Alors qu'elle ne buvait pas encore, elle était victime de troubles de la mémoires, avec des difficultés pour apprendre ses textes par coeur. Mais le stress, la dépression, ses diverses déceptions sentimentales avaient acceléré le processus de la maladie, qui n'avait pas pu être arrêtée à temps. L'alcool n'était que finalement le seul réconfort qu'elle trouva, peut-être pour s'évader ou partir plus vite. 

Un jour lors d'une soirée de nouvel an, en 1970, elle s'était approchée d'une jeune femme qu'elle ne connaissait pas et lui souhaita "Happy new year", la jeune femme, épouse d'un acteur américain, qui se trouva être française, lui répondit en français "Bonne Année". Rita la regarda alors dans les yeux et mélancolique, murmura en français "On reste toujours l' enfant que l'on a été"... Puis elle se fondit dans la foule.

Rita Hayworth termina seule, prisonnière de ses souvenirs, loin des sunlights, des studios de Hollywood, du bruit et de la fureur...


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